Le slow sport:
bouger autrement
Le nordic walking, ou marche rapide, favorise la coordination des mouvements et permet ainsi de travailler de nombreux muscles.
Le sport est souvent associé à la douleur, à la performance et à l’effort. Face à cette représentation, la motivation manque et la volonté s’essouffle. Pour ceux qui souhaitent bouger sans forcément dépasser leurs limites, le slow sport est une alternative qui fait l’éloge de la lenteur et conduit à un mieux-être.
L’impératif de la performance s’est insidieusement ancré dans notre quotidien. Une idée relayée par Benoît Heilbrunn qui a publié un livre au titre interrogatif: «La performance, une nouvelle idéologie?» La société s’est structurée sur des injonctions: il nous est demandé de puiser dans nos ressources jusqu’à la limite du possible. Au travail, à l’école, dans nos loisirs, et même dans la chambre à coucher, l’exigence s’est invitée en amenant avec elle la comparaison avec les autres et la compétition.
La notion de «performance» vient du monde industriel et sportif. La devise olympique, «plus haut, plus fort et plus vite», porte en elle cette injonction du dépassement de soi. Mais qu’en est-il de ceux qui n’arrivent pas ou plus à suivre? De ceux qui ne veulent plus de cette course contre la montre, et contre soi-même? Il faut rappeler que les sportifs professionnels font face à un stress très élevé et à un risque important de blessures, souvent nuisible à leur santé sur le long terme.
La pandémie du Covid-19 est venue stopper la cadence. Le monde a dû mettre un frein à cette course effrénée et a réappris à donner du temps au temps. Forcés de ralentir, nous sommes revenus à l’essentiel et nous nous sommes questionnés sur notre mode de vie. Cette «nouvelle» manière de vivre porte un nom, slow life, concept issu du mouvement slow, en particulier le slow food initié par Carlo Petrini en 1986: en réaction à l’ouverture d’un restaurant McDonald’s dans sa ville, il propose de la nourriture fraîche, locale et éthique, préparée avec amour et consommée en compagnie des personnes que l’on apprécie.
En 1668, Jean de La Fontaine le préconisait déjà dans sa fable, «Le lièvre et la tortue»: «Rien ne sert de courir, il faut partir à point.» Une philosophie de vie qui ne portait pas encore son nom. De nos jours ont émergé des pratiques considérées elles aussi comme relevant du slow: le yoga, le taiji, le qi gong, la méditation et la relaxation en pleine nature, le vélo, la marche, le nordic walking.
La pratique de ces activités se fait de manière lente, sans compétition, sans recherche de résultats et sans comparaison avec les autres. L’important est de s’immerger dans l’environnement et de se soucier de la qualité de l’expérience vécue. La relation avec l’environnement est donc une composante primordiale dans le slow sport. Alors que la nature est traditionnellement dominée ou utilisée comme un support au service de notre pratique sportive, dans le slow sport, un lien est recherché avec elle, jusqu’à éprouver un sentiment de liberté et de plénitude. Ana Cristina Zimmermann, docteure en sciences de l’éducation et professeure à l ’Ecole d’éducation physique et de sport à l’Université de Sao Paulo au Brésil, parle d’un sentiment de «présence». Ce sentiment peut être défini comme le fait de «se sentir vivant». Issu de la perception de son corps en lien avec son environnement, de sa vitalité corporelle, ce sentiment nous ramène à une découverte de soi à partir du sport, du mouvement.
BIEN-ÊTRE
Selon les recommandations de l’OMS, cette façon de pratiquer l’activité physique et sportive contribue au bien-être et à la santé. Elle contribue à l’harmonisation du corps et à la tranquillité de l’esprit. Concrètement, le slow sport aide à réduire le stress, à améliorer la posture, la stabilité et la sou plesse, à tonifier les muscles en profondeur, à apporter un bien-être cardio-vasculaire sans épuisement et à favoriser une récupération physique et nerveuse. Le slow sport est donc accessible à tous, dans une optique de loisir ou thérapeutique. Il est idéal pour ceux qui veulent reprendre une activité physique ou s’offrir une douce parenthèse dans leur quotidien, pour être plus conscients de leur environnement et d’eux-mêmes.
Cette nouvelle manière de faire du sport offre aux chercheurs en philosophie et en sciences sociales et humaines l’opportunité de développer de nouveaux modèles de l’écologie corporelle, de l’activité physique adaptée, de l’éthique sportive, de l’altérité culturelle, de la quête du mieux-être, et peut-être de faire émerger un nouveau paradigme: se faire du bien.
M.D. S
“L’important est de s’immerger dans l’environnement et de se soucier de la qualité de l’expérience vécue »
Témoignage
Comme je n’ai jamais aimé pratiquer la course à pied (sauf le sprint, où l’effort est intense mais court), je voulais trouver une activité physique d’endurance douce, à ma portée. Un cours de nordic walking (NW) avait justement lieu près de chez moi. Sans a priori, j’ai commencé les entraînements, afin d’apprendre les mouvements spécifiques de tout le corps lors de la marche rapide avec des bâtons. En effet, il est important que la coordination des mouvements se fasse de manière optimale, afin de travailler tous les muscles: les abdominaux, les bras et les épaules, les cuisses, les mollets et les fessiers.
Une fois la technique maîtrisée, j’ai pu varier les itinéraires et les efforts. D’abord en longeant le Rhône, puis en profitant de randonnées en forêt, puis en montagne. Je me suis lancé des petits défis: augmenter peu à peu le dénivelé de mes balades pour activer le système cardio-vasculaire et améliorer ma capacité pulmonaire. Depuis, je pratique le NW toutes les semaines, par tous les temps.
J’en retire beaucoup de plaisir, même si certaines montées me font suer et souffler comme une locomotive. Les balades en forêt me ressourcent et diminuent mon stress et mes pensées négatives. Me connecter à moi-même, dehors, dans la nature, me permet de prendre conscience de l’odeur de la forêt ainsi que du pépiement des oiseaux, dont j’apprends à distinguer, avec le temps, leur chant particulier, comme celui du pic des bois ou du coucou. Il m’est même arrivé d’apercevoir des chamois ou des biches, un peu apeurées, qui croisaient mon chemin. La marche nordique me permet de découvrir de nouveaux lieux autour de mon domicile. Le bien-être que j’en retire est aussi bien physique que psychique. Cette activité peut se commencer à tout âge et sans prérequis. Le NW pré vient un large éventail de maladies: hypertension, ostéoporose, obésité, problèmes cardio-vasculaires, insomnies, et il prévient les maux de dos. Bien pratiqué, il améliore la posture (avant je me tenais voûtée). Le NW m’a permis de reprendre confiance, après une fracture de la cheville, en faisant travailler l’équilibre et la coordination. Cette activité brûle environ 40% de calories en plus par rapport à la marche. En ce qui me concerne, aller me balader ne me procure que des bienfaits. C’est pourquoi je pratique le NW depuis une dizaine d’années, sans m’en lasser.
J.V.
“Il m’est même arrivé
d’apercevoir des chamois ou des
biches qui croisaient mon chemin»
Quand le sport rime avec « défonce »
Sport défonce: je souffre donc je suis», de Vanessa Schweizer-Bapst et Jean-Daniel Bohnenblust, est un reportage diffusé le 5 février 2026 sur la RTS, dans l’émission «Temps Présent». Son titre évoque les pratiques sportives extrêmes. Dans le reportage de «Sport défonce», nous découvrons que pour certains, le sentiment de se sentir vivant passe par une pratique sportive intensive et par un dépassement de soi et de ses limites: «toujours plus loin, toujours plus dur». Naissent de nouvelles ultra compétitions, Ironman, Ultra-trail, Hyrox, car les traditionnels marathons ne suffisent plus à étancher la soif de dépassement.
La sensation ressentie est le résultat de la production de dopamine et d’endorphines par le cerveau. Les coureurs parlent de runner’s high, euphorie du coureur, sentiment caractérisé par une grande satisfaction intérieure et un esprit léger associé à une anesthésie de la douleur. Mais ce bien-être peut s’avérer trompeur et amener la personne à souffrir d’une addiction. Cette addiction au sport porte le nom de bigorexie, trouble reconnu depuis 2011 par l’OMS. Elle est caractérisée par le besoin irrépressible de pratiquer intensivement une activité sportive, malgré le risque de blessure ou d’épuisement, et parfois aux dépens de la vie familiale et professionnelle. Le reportage se termine ainsi «ils souffrent et ainsi se sentent vivants». Cela risque de ne pas aller en s’améliorant, car il existe tout un marché autour de ces sports, et l’émergence de nouveaux influenceurs dans le domaine, sur les réseaux
sociaux, alimente la machine. – M. D. S.
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