Maxime Fluri:
triathlète et étudiant
A 26 ans, Maxime Fluri, étudiant et triathlète professionnel, a déjà participé à de nombreuses compétitions. — © mitchproductions.ch
A 26 ans, vainqueur des 10KM de Lausanne en 2025, sportif passionné mais aussi étudiant, Maxime Fluri revient sur son parcours et ses débuts dans l’élite suisse de triathlon. Il évoque le rôle du mental, l’importance du collectif et sa vie après un burn-out qui l’a conduit à repenser son équilibre. Entretien
Maxime Fluri a commencé le sport très tôt, avant d’intégrer l’élite suisse de triathlon. Il a eu besoin, durant son parcours, de changer de cap, à un moment où il s’est senti plus fragile mentalement, et de reprendre des études. Il a appris ainsi à se diversifier, à faire des choix sportifs en fonction de ses limites. La préparation mentale est devenue centrale pour lui.
«Diagonales»: Quels ont été vos débuts dans la discipline du triathlon?
Maxime Fluri: Je l’ai découvert à la piscine de Vevey, où, chaque année, un petit triathlon pour enfants est organisé. Mes parents m’inscrivaient, j’y participais sans préparation. Le vélo, c’était avec les petites roues; on courait dans l’eau. C’était vraiment la découverte! Il y avait un classement, mais pas de chronomètre. A 10 ans, j’ai rejoint le club Triviera Kids, qui existe toujours. Le but n’était pas de terminer premier ou de faire des compétitions. C’était d’avoir un club et de faire du triathlon avec les copains.
L’entraînement se faisait sous forme de jeux. Vers 12 ans, j’ai intégré la sélection régionale. Vers 14-15 ans, j’ai eu l’âge d’entrer dans l’équipe suisse juniors. Un circuit était dédié aux jeunes de mon âge, avec quatre à cinq compétitions par an. Il y avait un classement sur ce circuit. Les compétitions se faisaient sur la distance d’un super sprint. Depuis que j’ai 20 ans, je fais partie de l’équipe suisse élite. Je participe aux compétitions sur les distances sprint et olympique.
De l’extérieur, on peut s’imaginer que pour être un spor tif de haut niveau, il faut sans cesse chercher à repousser ses limites. Dans la réalité, est-ce qu’il ne s’agit pas plu tôt d’aller au-delà de sa zone de confort, mais de ne pas dépasser ses limites, justement? Qu’en pensez-vous?
Il faut par moments aller chercher ses limites, pour les connaître par la suite. Il est difficile de s’auto-évaluer, c’est pourquoi on a besoin du regard extérieur de l’entraîneur. On croise constamment ces deux ressentis: celui de l’athlète et celui de l’entraîneur. Un athlète ne peut pas s’entraîner tous les jours à la limite maximale de ses capacités, au risque de tomber dans le surentraînement. En revanche, il y a des moments qui sont planifiés durant lesquels l’athlète va cher cher à atteindre ses limites. C’est réfléchi, dans l’optique de progresser et d’être au meilleur de sa forme le jour J.
Vous préférez vous entraîner seul ou avez-vous besoin du groupe à certains moments?
Tous les entraînements de natation se font en groupe. J’aime parfois m’entraîner seul en course et à vélo pour les sessions «faciles». A l’inverse, pour les sessions d’in tensité, j’ai besoin du groupe. C’est important pour pro gresser. On «se tire la bourre». C’est aussi dans ces moments-là qu’on peut aller chercher ses limites. On souffre ensemble, et cela nous permet d’aller plus loin dans l’effort. On débriefe ensemble, on confronte différents points de vue.
On entend souvent que ce qui distingue un champion, c’est sa force mentale. Quelle place le mental occupe-t-il dans votre parcours sportif?
L’aspect mental est aussi important que l’aspect physique. A un haut niveau, l’un ne va pas sans l’autre, il faut les deux pour performer. Selon les situations, on aura parfois plus besoin de l’un ou de l’autre, mais les deux sont indissociables.
Aujourd’hui, j’accorde une grande importance à la préparation mentale. Je suis accompagné par un préparateur mental, avec qui je travaille notamment sur la gestion de la per formance pendant les courses ou les entraînements. Nous utilisons par exemple des techniques de visualisation, en mobilisant la vue, les sons ou encore les sensations, ainsi que des méthodes de relaxation avant les compétitions, afin de renforcer la concentration et la confiance en soi.
J’ai également été suivi par une psychologue du sport. Le travail mené était plus global et visait à m’aider à trouver un équilibre entre ma pratique sportive et ma vie personnelle.
Vous avez traversé un épisode de burn-out…
Oui, cet épisode remonte à septembre 2018. Je venais de me qualifier pour les Championnats du monde juniors, lors de ma dernière année dans cette
catégorie. A cette époque, ma vie était entièrement centrée sur le sport: j’avais terminé le gymnase l’année précédente et, en attendant de commencer l’armée en tant que sportif d’élite, je consacrais presque tout mon temps à l’entraînement.
Une semaine avant mon départ pour les Championnats du monde de triathlon en Australie, j’ai commencé à faire des crises de panique. Les entraînements devenaient de plus en plus difficiles, au point que je n’arrivais plus à m’y rendre. Le jour du départ, en route pour l’aéroport, j’ai finalement fait demi tour et je suis rentré chez moi à Aigle. Je n’ai pas participé à la compétition.
Dans les mois qui ont suivi, j’ai complètement arrêté le sport. Pendant trois à quatre mois, je n’ai plus touché à un vélo ni remis les pieds dans l’eau. J’ai entamé des études; j’avais besoin de me changer les idées et de sortir de cet environnement exclusivement sportif.
Qu’est-ce qui vous a aidé à vous reconstruire
et à retrouver un équilibre?
Avec le recul, j’ai compris que cette année-là manquait cruellement d’équilibre. Tout tournait autour du triathlon: mon quotidien, mon entourage, mes discussions. J’ai pris conscience que j’avais besoin d’un autre cadre, comme les études, pour m’investir ailleurs, rencontrer d’autres personnes et parler d’autre chose que de sport. Le suivi avec ma psychologue du sport m’a également aidé à comprendre ce qui me motivait réellement et pourquoi je pratiquais un sport de haut niveau. J’ai réalisé que j’avais besoin de choisir les compétitions auxquelles je participais, de ne plus subir certaines obligations liées au calendrier.
Reprendre le contrôle sur ma carrière a été essentiel dans ma reconstruction.
Aujourd’hui, je vois cette période comme une étape nécessaire. Même si certains m’ont dit après coup que j’aurais pu faire un podium si j’avais participé aux Championnats du monde, cela n’a jamais remis en question ma décision. J’ai la conviction que c’était le bon choix pour moi, et je ne le regrette pas.
Avez-vous modifié certaines habitudes dans votre quotidien ou dans votre manière de pratiquer le sport, à la suite de cette expérience?
Oui, cette expérience a profondément modifié ma manière d’aborder le sport. Aujourd’hui, le fait de pouvoir m’inves tir dans différents domaines me permet de mieux gérer les périodes plus compliquées. Lorsque le sport devient plus difficile, par exemple en cas de blessure, je peux me concen trer sur mes études, et inversement. Cette complémentarité m’aide à garder une certaine stabilité et, paradoxalement, à être plus performant dans ma discipline. J’ai également appris à écouter davantage mes besoins et à faire des choix en accord avec mes envies.
Entre 16 et 20 ans, vous avez eu beaucoup de blessures. Comment est-ce qu’on garde la motivation dans ces moments-là?
Il faut accepter la situation et se fixer de nouveaux objectifs à plus court terme. Se demander: «Qu’est-ce que je peux faire à côté, en attendant, pour continuer à avancer? Qu’est ce que je peux faire pour commencer ma réhabilitation, mon rétablissement?» Je n’avais pas que des objectifs dans le sport, j’avais aussi des objectifs à côté, dans mes études. Cela m’a permis de voir d’autres gens, hors du sport. J’ai mis plus l’accent sur la nutrition, le renforcement musculaire. J’ai changé ma préparation. Dans le sport, il faut pou voir se remettre en question. J’ai une équipe autour de moi, et on discute, on élabore les choses ensemble. J’aime rester au centre de mon projet, le piloter. Cela a pris du temps de décider sur quel axe mettre l’accent, quelle stratégie adop ter. Cette remise en question, c’est sans doute un passage obligé pour tout athlète. En tout cas, cela a été bénéfique pour moi.
Etre bien dans sa tête est indispensable, que ce soit dans le sport ou dans le monde professionnel. C’est une dimension qui mérite, à mon sens, autant d’attention que le travail physique.
Pendant longtemps, parler de préparation mentale dans le sport de haut niveau était tabou. Consulter un professionnel pour travailler sur ses pensées ou ses émotions pouvait être perçu comme un signe de faiblesse. Aujourd’hui, les men talités évoluent, mais ce n’est pas encore un sujet abordé aussi naturellement que la préparation physique.
T. S. et E. H.
“Dans le sport, il faut pouvoir se remettre en question »
Maxime Fluri aux finales des Championnats du monde de triathlon, Torremolinos, 2024 (WTCS).
Le triathlon est une discipline dans laquelle s’enchaînent une épreuve de natation, une de cyclisme et une de course à pied. Il figure au programme des Jeux olympiques depuis 2000. La distance olympique correspond à 1,5 km de nage, suivi de 40 km de vélo et de 10 km de course à pied. La distance sprint correspond à 750 m de nage, 20 km de vélo et 5 km de course à pied. La distance super sprint correspond à 400 m de nage, 10 km de vélo et 2,5 km de course à pied