Livres
FÊLÉ
Ce livre retrace les jeunes années du patineur et comédien François Mallet, en se focalisant sur sa carrière dans le patinage artistique. Une évidence dès l’enfance. Il veut danser sur la glace. Il parle aussi d’un amour à l’apparence dysfonctionnelle avec ses parents divorcés.
Avant 12 ans, il se débrouille plutôt bien. Puis vient la première casse, le premier arrachement: il doit quitter son entraîneuse adorée. Sa mère et son beau-père déménagent à Lyon, où le patinage artistique se fait trop exigeant. Un lacet mal attaché, et sa cheville trinque. Il pose les patins, pour longtemps. S’ensuit un senti ment d’échec. Il pense alors souffrir de dépression depuis sa plus tendre enfance. Dépression, vraiment? C’est après un séjour d’une année à Londres, pour ses études – où il a vécu pas mal de hauts –, que le soufflé retombe. L’hôpital psychiatrique. La bipolarité. Se pose en même temps la question de sa sexualité, de son identité. L’ouvrage se termine sur une note d’espoir. François Mallet retrouve l’envie de vivre. Malgré la recherche de parents de substitution auprès de sa première entraîneuse et de son psychiatre en HP, il retrouve ses repères. Il se fait conseiller une carrière artistique. La comédie, notamment le stand up, lui tend la main. L’amour du sport, ou plutôt de la danse sur glace est bien pré sent dans ce livre, mais il n’en est pas le cœur. La question se pose plutôt en termes de genre et de sexualité, de quête de soi. Cet enfant performant devient un jeune homme perfectionniste, un étudiant brillant… et cassé. Si le récit se veut un témoignage porteur d’espoir, de possibilité de résilience, il reste lucide. La médication est «un traitement, pas un miracle». Les larmes l’ont aidé. La sortie de la dépression, pourtant souvent chaotique, est ainsi dépeinte: «pas de rechutes, que des reprises». C’est sans doute le vécu de l’auteur, mais pas forcément la réalité que vivent de nombreux anciens dépressifs, que le manque d’allant momentané peut inquiéter.
«Fêlé», François Mallet, Editions Larousse, 2025
POUR NE PAS DISPARAÎTRE
«Tu es restée aussi longtemps, parce que tu étais déjà traumatisée. La dépression, c’était toi qui te réveillais. Personne de sain ne peut rester dans une telle situation». Cette citation résume en peu de mots le récit que fait Gabriella Papadakis de son expérience en tant que femme, sportive de haut niveau en patinage artistique. Elle explique dans ce livre comment elle a dû se battre pour cesser de «disparaître». Elle vit pour le contrôle, la rigueur et la précision. Sa mère et Guillaume, son partenaire sur la glace, en ont à revendre. Ils sont autoritaires. Ils ont toujours raison. Cet ouvrage parle de pression, d’addictions, de sexualité. Gabriella Papadakis écrit sur son manque de confiance en elle, écrasée par Guillaume et les divers entraîneurs à qui elle aura affaire au cours de sa carrière. Le livre traite de l’omerta sur la maltraitance des femmes dans le milieu de la danse sur glace. Gaslighting («manipulation mentale») et violence physique sont décrits comme une sorte de normalité. Gabriella Papadakis s’est souvent imaginé que tout était sa faute. Personne ne prendra la peine de s’en dédire, en dehors de psychologues. La préparation mentale ne sera qu’un emplâtre sur une jambe de bois. Le gouffre entre Guillaume et elle ne fait qu’augmenter. Jusqu’à ce que l’athlétisme prenne moins d’importance. Qu’elle se fasse sa culture féministe et développe un esprit critique. Le sexisme de son sport la rebute. Guillaume est du mauvais côté de #MeToo. Il ne veut pas pâtir de ce que les «filles» pourraient dire. Pour lui, il est clair que Gabriella risque sa carrière. A lui. Il faut qu’elle se médicamente pour ne surtout pas changer les choses. Le plus important est de rester au plus haut niveau. La réputation prime avant tout. Aussi bien celle du club que celle des entraîneurs et du partenaire. Guillaume n’en peut plus. Il veut travailler avec des gens heureux. Ce livre est poignant. Parfois difficile à lire, tant il fait écho à des situations aussi malsaines que quotidiennes.
«Pour ne pas disparaître», Gabriella Papadakis, Editions Robert Laffont, 2026
PSYCHOLOGIE DU SPORT
Les pratiques sportives, au travers des exigences qu’elles imposent aux pratiquants (recherche de la performance, stress compétitif, pression temporelle, difficulté de la tâche, etc.), suscitent des comportements souvent exceptionnels, dont l’élucidation justifie une investigation spécifique. Les recherches en psychologie du sport ont considérablement développé nos connaissances sur la motivation, l’anxiété, la gestion du stress, l’apprentissage ou encore la cohésion des groupes. De plus, les résultats de cette discipline ont montré l’importance, à côté d’une préparation physique, technique ou tactique, d’une préparation mentale dans le suivi des sportifs.
«Psychologie du sport», Didier Delignières, «Que Sais-je?», n° 2110, 2024