Action communautaire: une dynamique solidaire

L’action communautaire agit pour, avec et en communauté: une démarche où le récit de soi devient un premier pas vers une cause partagée.
La pratique médicale contemporaine cherche aujourd’hui à inclure davantage chaque personne dans les décisions qui touchent à sa santé et à son parcours de vie. Cette approche humaniste tend à rompre avec les modèles du passé, où les individus traversant des difficultés se retrouvaient dans une position de passivité.
Progressivement, de nouvelles manières d’intervenir ont vu le jour, avec l’ambition de redonner à chacun son pouvoir d’action et une place au coeur de choix essentiels. A travers ce prisme, les épreuves et les solutions ne se vivent plus forcément dans l’isolement, mais s’inscrivent dans une dynamique collective
et solidaire. C’est à l’intersection de l’histoire personnelle et de l’entraide que le partage des trajectoires de vie devient, dans certains cas, le moteur d’un changement social.
Cette évolution puise ses forces dans les années 1960, une époque marquée par l’émergence d’initiatives destinées à répondre collectivement à des besoins humains fondamentaux. A travers une organisation commune, l’éducation du public, la défense des droits des patients et la participation citoyenne, ces élans sont guidés par des valeurs de justice sociale, de démocratie, d’autonomie et de respect. Au fil des décennies, cette démarche a mûri et s’est structurée pour obtenir une certaine reconnaissance de la part des instances publiques. Dès les années 1980, la santé mentale a commencé à son tour à bénéficier de ce regard nouveau. Dans ce contexte, l’histoire de vie n’est plus seulement un dossier médical, mais elle s’apparente à un savoir précieux et à une source possible de dignité.
Depuis de nombreuses années, le Graap-Fondation adopte cette philosophie pour favoriser la compréhension et la déstigmatisation des troubles psychiques, en se positionnant comme un pôle de référence et d’accueil. L’expertise des bénéficiaires du Graap se bâtit progressivement à partir de la mise en mots et de la valorisation du vécu. Ils deviennent ainsi les véritables auteurs de leur propre existence. Cette vision, ancrée dans la thématique du récit de soi, se décline en plusieurs actions interconnectées, qui visent à transformer une expérience intime en une force collective.
LE CHEMINEMENT
Le cheminement commence généralement dans l’ambiance sécurisante du groupe d’entraide. Ce dispositif offre un espace d’écoute et de parole entre pairs sur des thématiques choisies, permettant de briser la solitude, de cultiver le soutien mutuel et de redécouvrir ses propres ressources. C’est dans ce contexte que s’élabore le récit de soi, propice pour faire
émerger des connaissances issues de l’expérience, qui viennent nourrir l’institution. Une fois ce parcours apprivoisé et consolidé, la fondation propose un accompagnement attentif aux personnes désireuses de témoigner, que ce soit auprès des médias, des écoles ou des associations. Les participants bénéficient d’un soutien pour structurer leur histoire, clarifier leur rôle de témoin et accueillir leurs émotions, ce qui contribue à transformer le vécu individuel en une cause communautaire porteuse de sens pour la société.
Ce témoignage, devenu un savoir partagé se déploie ensuite à travers l’action en réseau. La fondation s’implique de manière active auprès de nombreux partenaires externes, notamment lors de rencontres et de colloques de recherche. La voix des personnes concernées y apporte une authenticité essentielle, de nature à élargir le regard porté sur la maladie psychique. Au-delà des réseaux, la structure du Graap s’appuie sur la richesse de ces parcours pour inspirer d’autres axes majeurs de son action, en commençant par le renforcement professionnel. Le Graap-Fondation intervient directement au sein des institutions partenaires pour développer les compétences des équipes en matière de santé mentale, toujours dans un esprit de coopération. Elle s’investit également dans la formation de futurs professionnels et d’étudiants en mettant des récits de vie à leur disposition.
La fondation valorise ainsi la participation et l’expression de chacun à tous les niveaux, depuis la création des supports de formation jusqu’aux interventions publiques. Cette pratique demande une finesse et une posture d’ouverture, comme le dit Yuri Tironi*, responsable pédagogique à l’HETSL: l’action communautaire est l’art d’observer, de diagnostiquer, de chercher à comprendre, d’accompagner, d’être présent, de faciliter, de susciter la curiosité, d’être un point de repère le temps qu’il faut, de développer l’art de provoquer le débat et de savoir se retirer au moment opportun. C’est à cette condition que l’expression personnelle peut donner naissance à de nouvelles perspectives et faire éclore un changement durable dans un milieu donné. En tant que coeur battant de ce mouvement, la structure du Graap prône un militantisme fédérateur qui privilégie la rencontre, le dialogue et la recherche de liens plutôt que l’accentuation des différences.
M.S.
Article rédigé à la suite d’un entretien avec Mirela Bera, chargée des actions et formations communautaires au Graap-Fondation
